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A Ropraz, l’Estrée célèbre ses 20 ans et s’expose à Montreux
ART
L’espace culturel a créé une association d’amis. Il s’agit de
gagner en crédibilité au moment de chercher des soutiens
financiers. Par le biais, notamment, d’une collaboration avec la
Maison Visinand à Montreux, l’Estrée cherche, en outre, à mieux
affirmer son existence.
«L’artiste est en lien direct avec le divin. C’est pourquoi je
m’attelle à jouer un rôle de passeur entre l’artiste et le
public.» Cela fait vingt ans qu’Alain Gilliéron a fondé l’Estrée
à Ropraz, juste derrière le Café de la Poste, dont il est
l’exploitant. Durant ces deux décennies, l’Estrée et son
«passeur» ont mené un combat de tous les instants, qui vaut à
l’espace culturel une renommée dépassant les frontières du
Jorat. Mais ces vingt ans ont aussi été marqués par des soucis
financiers récurrents. L’année 2008 se solde, une fois encore,
par un déficit (de 30?000?francs sur un budget de
150?000?francs). Cela en dépit d’une activité très appréciée,
marquée, entre autres, par une exposition de peintures de
Jacques Chessex.
«Un combat passionnant»
«Ce combat, passionnant, je suis plus que jamais prêt à
continuer à le mener, explique Alain Gilliéron. Mais, si c’était
à refaire, je ne créerais sans doute pas l’Estrée à Ropraz. Ici,
la campagne est trop belle et distrait les visiteurs. De plus,
nous avons ces quinze kilomètres de distance avec Lausanne qui
ne nous facilitent pas la tâche. Que faut-il présenter pour
inciter un Lausannois à venir à l’Estrée? Dans l’arrière-pays,
on a parfois l’impression de ne pas exister.»
Durant ces deux décennies, Alain Gilliéron dit, en outre,
n’avoir jamais voulu de compromis: «J’ai créé l’Estrée parce que
je déteste les étiquettes qu’on colle aux gens. Ici, je ne tiens
pas à divertir les visiteurs, mais à susciter la réflexion au
travers des œuvres d’un artiste, quel qu’il soit. Au travers de
nos expositions, chacun a l’opportunité de voir, par exemple,
que le doute est universel, que ses préoccupations sont
partagées par d’autres. Je m’aperçois néanmoins que bon nombre
de personnes ne souhaitent pas se voir dans ce miroir
artistique. Cela ne m’empêchera pas de continuer à inviter des
artistes dont le travail et les thèmes de prédilection peuvent
choquer!»
Dès lors, l’Estrée s’est assigné un objectif. «Nous voulons
parvenir à parler aux 95% de la population qui ne sont pas
encore touchés par notre espace culturel», sourit Alain
Gilliéron. Dans cette perspective, une association des amis de
l’Estrée a été créée. Il s’agit d’accroître le nombre de fidèles
(près de 300 actuellement) et de gagner en crédibilité au moment
de chercher des soutiens financiers.
Cette démarche est associée à un rapprochement avec la Maison
Visinand à Montreux. «Nous y sommes actuellement invités pour
une exposition commune avec Arts et Lettres (Vevey) et Focale
(Nyon), glisse Alain Gilliéron. L’idée est de collaborer pour
être plus forts. Cette exposition à Montreux constitue déjà une
belle reconnaissance.»
Enfin, pour marquer son 20e anniversaire, l’Estrée sortira de
ses murs du 15 au 30 juillet. L’espace culturel et les artistes
iront à la rencontre du public dans le village. «Après, je
continuerai à inviter peintres, sculpteurs, musiciens,
comédiens, conférenciers, soit ce qui constitue le terreau de
l’Estrée, ajoute Alain Gilliéron. C’est ce qui nous fait vivre
en dépit de l’éloignement de la ville.»
CLAUDE BÉDA
© EDIPRESSE Publications SA

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