|
Après l’obtention d’une bourse fédérale à Zürich au début des années 70,
il a exposé régulièrement en Suisse romande et en Suisse alémanique,
ainsi qu’en Grèce et à Barcelone.
Son travail a notamment été présenté à la Galerie Numaga à Auvernier, la
Galerie Nelly L’Eplattenier à Lausanne, le Musée des Beaux-Arts du
Locle, l’Espace PR36 à Neuchâtel, la Galerie Jonas à Cortaillod, ainsi
qu’à l’Espace Courant d’Art à Chevenez.

Rage et dérision
Dans une grande maison isolée de La
Ferrière, Logovarda élabore presque en reclus une œuvre exigeante et
tourmentée qu’il retravaille sans cesse. Il s’exprime par l’acryl, la
gouache, la craie grasse, sur des papiers que durcissent les
superpositions de matières, des noirs et des blancs essentiellement, et
parfois des rouges tragiques.
Ces œuvres en disent long sur les moyens techniques du peintre, sur sa
vision pessimiste du monde, sur son indignation face à l’abus, à
l’injustice. L’homme laminé, broyé, aux abois tant qu’il n’est pas à
terre, voilà le propos du peintre, dont la force et la grinçante
justesse de ton impressionnent.
Toutes ses œuvres suscitent un choc,
moins par l’agressivité du style que par leur contenu. Logovarda n’est
pas de ceux qui jettent pêle-mêle des figures, des signes sur le papier
au gré de l’humeur et du courroux. Chaque tableau apparaît comme le
fruit d’une méditation, le moindre détail parle, l’ensemble résulte
d’une savante organisation : le chaos lui-même, moteur de l’œuvre,
relève de la réflexion et d’un sens aigu de la composition. L’œil
s’égare dans les imbrications de personnages, d’animaux fabuleux, de
croix, de circonvolutions en noir et blanc qui font parfois hésiter
entre une lecture en positif ou en négatif : où est le sujet, où est le
fond ? Ces espaces labyrinthiques malmènent nos certitudes.
La mort, la violence, la tyrannie sont
des thèmes récurrents que le peintre aborde en façonnant avec naturel
une mythologie personnelle dont la violence contenue ne donne que plus
de pouvoir évocateur au tableau. Pas de cri, pas de tintamarre malgré
l’aspect bouillonnant des oeuvres, mais une plainte sourde, un silence
traversé de grondements, une rage rentrée. Et de la dérision, qui rend
le propos plus saisissant encore.
Son œuvre impressionne autant par les
idées fortes qu’elle véhicule que par ses remarquables qualités
techniques, en peinture comme en gravure. Le sentiment d’oppression
qu’elle évoque est paradoxalement servi par le style le plus libre qui
soit, et la tension dramatique qui s’en dégage se voit adoucie par
l’humour de ces compositions.
Jean-Pierre Girod (Le Quotidien
jurassien)
|