|
L’humanité pensante que nous sommes, dans sa finitude, perçoit,
décrit, analyse la planète, en transforme sa périphérie, en
modifie ses équilibres les plus vitaux. Grandioses ou
catastrophiques, les réalisations humaines n’en demeurent pas
moins confinées à un bref moment de l’évolution de la Terre. Ce
hiatus entre force fragile et puissance tellurienne constitue la
source première de mon inspiration.
L’attache de l’arbre à un lieu géographique donné rend
perceptible le lien vital qu’il tisse avec le sol, issu de la
roche-mère.
Sa capacité à tracer un chemin entre monde minéral et vie
organique l’a désigné comme le substrat évident à mon travail de
sculpture.
Henri Bertrand

L'âme secrète de l'arbre
Pour le sculpteur Henri Bertrand, même frappé par la foudre,
incendié, noirci, l'arbre reste vivant. Sectionné en sa
verticale, il devient personnage, seigneur vêtu du rouge de la
victoire sur le noir de la mort. Henri Bertrand a gardé de sa
formation de géographe, la curiosité du découvreur, le besoin de
saisir, de dire la planète et les mystères de ses forêts.
C'est le fragile instant où l'humanité, sûre de ses pouvoirs
dominants, bascule dans l'inconnu que l'artiste capte pour
réaliser des oeuvres qui conjuguent la beauté absolue
puisqu'elles frémissent du chant des oiseaux, de la caresse du
vent, du passage des nuages.
Le regard néophyte voit des lamelles ondulantes, des tresses
colorées. En réalité ce sont des tranches de bois d'érable qui
sont sculptées de façon à devenir vagues mouvantes. Parfois
elles contiennent les grands mouvements de la mer, à d'autres
instants, elles frémissent d'une averse de lumière. Une foule de
petits personnages cheminent dans l'âme du bois. Personnages si
fragiles qu'ils me remémorent un vers d'Aragon: "Rien ne passe
après tout si ce n'est le passant". L'artiste apprivoise le
temps dans un rayon d'or glissé entre les branches de l'automne
donnant vie à des fragments d'éternité, A cheminer dans
l'exposition qu'Henri Bertrand propose à la Fondation l'Estrée à
Ropraz on éprouve avec force la nécessité de s'arrêter pour
écouter les hymnes et les soupirs des forêts joratoises.
L'exposition est ouverte tous les jours, sauf le mardi, de 14h.
à 19 h. jusqu'au 28 juin. Tél. 021 903 11 73
Mousse Boulanger
Vevey Hebdo
Juin 2010
Article de Dany Schaer: cliquer ICI
|