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Janos Urban
Peintures
Exposition du vendredi 3 septembre au lundi 4 octobre 2010
Vernissage le vendredi 3 septembre 2010 dès 18h

Les dessins et les aquarelles
Le mimétique et le spontané.
Je travaille en partant des citations bibliques et/ou poétiques.
C’est l’étincelle inspirée, l’ancienne parole surgissant de l’humide
flot des couleurs de l’aquarelle, ou dans le trait unique, jamais
corrigé, des crayons ou de la plume.
Je cite par exemple l’œil du dôme, les cercles du monde : l’instant
en durée, tranche messianique et patrimoine de l’espérance. Une lampe en
plein soleil : s’éblouir de la mémoire. Le rien dans le tout : la
sanctification de la nature.
Les investigations de ces textes peuvent agir comme un catalyseur,
comme le déclenchement d’une réverbération pour un comportement libre
par rapport aux objectifs manufacturés de l’environnement symbolique
culturel.
Les peintures
Elles trouvent leurs origines dans mon
enfance. Les événements de la 2ème guerre mondiale m’ont accompagnés
toute ma vie. Les visages des soldats capturés, en partance pour la
Sibérie, ressurgissent dans mes toiles. Visages déformés, tourmentés, à
peine discernables, qui s’actualisent dans les événements de Bagdad, au
Darfour, ou encore à bord des navires de fortune voguant éperdus vers
une terre inatteignable, les boat people.
Énigme ludique ? Le simulacre et le
vertige ? S’éblouir de la mémoire, la force d’âme des réminiscences.
Laisser voir et laisser entendre avec
les invariants plastiques. L’espace de ces rencontres est objectif. La
connaissance de leurs éléments se révèle à nous pendant que nous sommes
avec eux, dans une sorte d’enchantement vers leurs réalisations.
Janos Urban
www.jurban.ch
ROPRAZ
Un événement pour les amateurs d’art contemporain à L’Estrée
Vendredi 3 septembre, en présence de l’artiste, ici à gauche avec
Alain Gilliéron, directeur de L’Estrée, a eu lieu le vernissage d’une
remarquable exposition consacrée à des œuvres récentes du peintre Janos
Urban.
Artiste d’origine hongroise, né en 1934 à Szeged, il étudie les
beaux-arts et les arts appliqués à Budapest. En 1956, fuyant la
répression consécutive à la révolution hongroise, il s’installe en
Suisse, à Lausanne. Il y parfait sa formation de peintre à l’Ecole
cantonale des beaux-arts où il occupera ensuite pendant plus de trnte
ans un poste de professeur. A la tête d’une œuvre considérable, exposé
dans des musées et des galeries du monde entier, Janos Urban est un
peintre contemporain très important qui occupe déjà une place marquante
dans l’histoire de l’art moderne.
A l’espace culturel L’Estrée, jusqu’au 4 octobre 2010, on peut
découvrir une cinquantaine de toiles de grand format, d’aquarelles et de
dessins représentatifs du travail actuel de l’artiste (exposition
ouverte tous les jours de 14h à 19h, sauf le mardi). Les lieux
d’exposition sont magnifiques et il vaut la peine de se déplacer à
Ropraz pour se confronter à la peinture à la fois sensible et très
puissante de Janos Urban.
Yoland Grosjean
La Broye

Pierre Keller
Lors du deuxième trimestre de ma première année à l'Ecole cantonale
des beaux-arts et d'art appliqué de Lausanne en 1961, Janos Urban avait
remplacé le professeur de dessin technique au pied levé. Nous nous
retrouvions alors devant un beau jeune homme hongrois de 27 ans, qui
venait juste de terminer sa scolarité dans les mêmes lieux. Nommé par le
directeur de l'époque, Ernest Manganel, Janos Urban se donnait beaucoup
de peine pour dispenser ce cours de dessin technique, mais
malheureusement en avait aussi beaucoup... Incapable de tirer des traits
droits, car ceux-ci restaient toujours tremblotants et vivants, il
n'était pas fait pour ce type d'enseignement et s'imposait plus comme un
poète, voire un philosophe, fasciné par la peinture et une forme de
dessin non académique.
Puis, il fut nommé pour donner le cours de Dessin I, c'est-à-dire
celui d'objets. Et là, ce fut la révélation! J'ai découvert alors
quelqu'un qui donnait son cours de manière peu conventionnelle et qui
confinait parfois au génie, un peu à la manière d'un Giacometti,
travaillant simplement avec une gomme et un crayon. Il avait même le don
de rendre les mauvais étudiants presque excellents. Le professeur de
dessin technique que nous trouvions quelque peu laborieux était devenu à
nos yeux, en quelques coups de crayon, un homme riche et passionnant.
Aujourd'hui, je suis heureux du retour de Janos Urban et cette
exposition à l'Espace Arlaud me touche particulièrement. Je n'ai donc
pas hésité une seule seconde quand son fils Matthias m'a contacté pour
participer à ce projet et je me réjouis de pouvoir (re)découvrir cette
façon unique de manier l'aquarelle, toute en finesse et transparence.
Avec cette classe qui faisait merveille lors de ces cours que nous
aimions tant...
Alors, merci Monsieur le Professeur!
Pierre Keller, Directeur ECAL/Ecole cantonale d'art de Lausanne
Professeur EPFL
Janos Urban
Le peintre suisse d'origine hongroise Janos Urban, qui a émigré en
1956 et vit depuis lors à Lausanne, expose dans cette ville une
sélection «éclectique» de ses travaux. Des travaux issus de techniques
variées et inédites, comme l'utilisation du plexiglas ou du phosphore.
Janos Urban est aussi présenté comme un précurseur de la vidéo en Suisse
romande. Il a enseigné jusque dans les années 90 à l'Ecole cantonale des
beaux-arts de Lausanne. Au cours de sa carrière, il a notamment reçu le
Prix Alice Bailly, en 1968. A l'occasion de l'exposition paraît une
monographie aux Editions Vie Art Cité. L'œuvre de Janos Urban se
caractérise par l'intensité et la plénitude des coloris, associés à des
formes géométriques.
Laurence Chauvy
La fureur et la mélancolie
La véritable aventure est intérieure. Mais elle se joue aussi en
direct sur l'écran blanc de la toile ou du papier. La quête de Janos
Urban est métaphysique en même temps que totalement incarnée dans le
geste et la couleur. Elle est d'un chercheur de spiritualité,
d'immanence et de conscience du monde et de soi, mais par les voies et
instruments de la peinture. Et elle peint non pas tant les figures que
leur aura, l'important étant bien moins dans les anatomies et
physionomies que dans le halo des êtres, l'émanation vitale, le
rayonnement lumineux qui irradie de leur personnalité profonde.
Pas une once de mièvrerie ni d'ésotérisme fumeux pour autant dans ce
besoin de traverser les apparences pour aller toucher au noyau même de
l'être et à l'intensité de sa présence au monde. Il y a au contraire une
sorte de «furia» impétueuse dans sa manière d'empoigner les corps, de
priver les têtes de visage, de les maculer et les empâter de couleurs
violentes et presque saturées, puis de laisser saigner leurs coulures.
Et pourtant cette fureur même reste étrangement mélancolique, presque
élégiaque. Comme pour rappeler et tout à la fois tenir à distance les
drames et les convulsions d'hier et d'aujourd'hui, ceux qui l'ont touché
dans sa chair et sa vie même, mais aussi ceux qui continuent d'en
meurtrir et d'en massacrer tant d'autres. Ici la sédimentation des
couleurs sédimente aussi les tragédies. Et le blanc tout autour vient
donner un espace de résonance à leur véhémence chromatique et
existentielle.
L'oeuvre d'Urban est faite de périodes, de techniques et de
thématiques apparemment très différentes. Pourtant, entre les traces et
empreintes monochromes des années 1960, les oeuvres au phosphore,
installations, vidéos, poèmes visuels et travaux conceptuels de la
décennie suivante, puis les peintures, aquarelles et dessins qui
jalonnent le pèlerinage « Sur la route de Jérusalem » au début des
années 1980 en cherchant la réconciliation des cultures qui constituent
notre berceau méditerranéen originel, et enfin les grandes peintures
presque éruptives et lacunaires de ces dernières années, des constances
souterraines se font jour, des obsessions récurrentes, des archétypes
communs, des échos troublants même. Comme le cousinage frappant qui se
dessine entre les apparitions lumineuses au phosphore des années 1970, à
la fois intenses et toujours prêtes à se dissoudre et à disparaître, et
les figures hantées d'aujourd'hui, enchâssées dans leur niche ou leur
grotte dont la voûte évoque à la fois la protection terrestre et
l'aspiration céleste.
Dans les années 1960 et 1970, Urban était considéré comme l'un des
principaux protagonistes de l'avant-garde en Suisse romande. Vue
d'aujourd'hui, cette appartenance à une mouvance expérimentale apparaît
bel et bien justifiée, mais en même temps totalement impropre à cerner
son travail. Celui-ci n'avait en commun avec la bande des «mousquetaires
de l'invisible» - comme aimait à les appeler René Berger alors directeur
et conservateur du Musée des beaux-arts de Lausanne et ardent promoteur
du tout jeune art vidéo - que le recours pionnier au même médium: la
vidéo. Pour lui, elle n'était que l'un des instruments par lequel il
tentait de capter l'invisible à travers l'écran des apparences. Cet
invisible - ou faudrait-il dire infravisible ou supravisible ? - qui
porte à la fois les grandes permanences qui fondent notre civilisation,
et la quête individuelle de ce que Jung (dont il s'approprie bien plus
volontiers la terminologie que les théories) appelle le « processus
d'individuation ». Et si la nécessité de cette recherche existentielle a
toujours été au cour de son oeuvre nourrie de philosophie et familière
de la gnose, la longue absence de soi que lui ont imposée ses
douloureuses années de maladie l'a exacerbée et rendue - si besoin était
- plus essentielle et plus urgente encore.
Françoise Jaunin
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